Chacun de nos voyages permet aux membres du groupe de découvrir la réalité des difficultés des réfugiés dans les camps sahraouis. Au fur et à mesure, les membres de l’association retrouvent également les contacts précédemment pris et l’évolution des projets engagés lors des voyages précédents.

C’est ainsi qu’en février, l’idée est venue de se concentrer sur un territoire. Nous avions alors des contacts avec 2 willayas : Smara et Bujdour. Compte tenu des liens avec la daïra du 27 février, c’est cette dernière que nous avons retenue.

Dans un premier temps, Diane Pernot, une de nos adhérentes, a passé 2 semaines à recenser les services existants dans la daïra (ville) du « 27 février ».

Elle décrit d’abord l’organisation : « La cheffe de cette daïra se nomme Mbarka Bou Makhrouta ; Les 4 barios (quartiers) ont pour responsables : Salma Omar Sidi El Bachir pour le bario 1, Rakia Ahmed Mohamed pour le 2, Abrak-hum Mohamed Saleh pour le 3 et Fatimatu Mohamed Lamin pour le 4. » Au niveau de l’alimentation, « la distribution s’organise par groupes de 50 personnes qui reçoivent la farine, l’huile, le sucre, le riz, parfois des pâtes, parfois des lentilles ou des pois cassés, de l’orge, et une poudre de céréales. S’y ajoutent parfois pommes de terre et des oignons, et plus rarement encore des carottes. » Ce qui nous sera confirmé lors de nos visites dans les familles à Smara. (ndlr : nous consacrerons un article sur ce sujet)

point d'eau de Boujdour

 

Dans le désert, un problème est l’eau … Elle peut être puisée dans la nappe phréatique (salée !) et approvisionnée par des camions citernes.

Nous avions chargé Diane de prendre contact avec Salka Barka, la directrice de l’école « Lel Andala » ; en effet, en février 2017, nous avions visité cette école et entendu la demande d’aide pour la construction d’une salle polyvalente. Nous avions alors trouvé une partie de l’argent nécessaire et nous avons pu constater que les travaux étaient déjà engagés.

Nous avons d’ailleurs fait la visite du chantier de la salle polyvalente (socio-culturelle) et rencontré l’architecte Moulay DAHAN, accompagné de l’entrepreneur Sid Ahmed ELMAMI. Ils nous ont expliqué que cette salle comprendra une scène et des vestiaires. La subvention que nous avons envoyée a permis de construire la chape et une partie des murs d’enceinte à hauteur d’1,50m. Les travaux se sont arrêtés, faute de financement. Face au danger que représente cette situation (vent violent), l’entrepreneur s’est engagé, sur ses fonds propres, à continuer les travaux pour monter les murs jusqu’à 3 mètres (étant précisé que la hauteur totale sera de 4m50). L’ensemble des parties prenantes a décidé de relancer les demandes de subventions pour terminer les travaux.

L’ASPS, de son côté, poursuit sa recherche de subventions. En attendant, nous avons déposé le matériel scolaire apporté par les participants au voyage.

Diane avait décrit « une école de 11 classes fréquentée par 635 enfants, sur cinq niveaux. Étant donné le nombre d’enfants, les journées sont divisées en deux pour permettre à tous d’aller à l’école. Avec 40 à 50 élèves, les classes sont surchargées pour les 18 professeurs ! »

Elle avait également pointé une demande importante : Contrairement aux 2 autres daïras, celle du 27 février n’a pas de dispensaire. Comme nous avions rendez-vous avec le ministre de la santé, Monsieur Lamin Deddi, nous avons évoqué ce point. Lors de la rencontre, celui-ci a renouvelé les remerciements pour l’intérêt que nous portions à la cause des sahraouis. Le sujet le plus important pour lui est, dans l’ordre, « de retrouver les terres confisquées, puis d’améliorer la vie dans les camps. »

ministere de la santé0

Il nous a également remercié pour notre manière d’écouter avant de proposer quelque chose. Il a été très insistant sur la nécessité de coordonner les aides dans le domaine de la santé pour les optimiser et veiller à un équilibre entre les différentes daïras. Il existe un directeur de la coopération au ministère de la santé qui se charge de la coordination.

Si nous réussissons à trouver des financements, ceux-ci peuvent être versés de deux façons : par le Croissant Rouge, le financement est alors contrôlé par 5 personnes du ministère de la santé qui confirment l’affectation de l’argent. Ou, la seconde, l’argent arrive directement au ministère. Le ministre préfère la première manière.

Le ministre organise donc une rencontre avec Monsieur Alien Abdoullah, directeur de la coopération santé.

Cette visite vient donc à la suite de la rencontre avec Monsieur le ministre DEDDI, de celle avec les dirigeants de la daïra du 27 février -sur laquelle nous reviendrons- et de la visite de l’hôpital de Bujdur.

Elle est également dans le prolongement du travail de Diane qui avait, en août, pointé le besoin d’un dispensaire. Le directeur a donc trouvé le travail de Diane particulièrement pertinent car elle a « touché le point essentiel » ! Il confirme qu’à ce jour, seule la daïra du 27 février ne dispose pas de dispensaire, au contraire des 2 autres daïras de Bujdur : Agdi et Lemsid. Fort de ses expériences, il peut évaluer la construction d’un tel bâtiment entre 33000 et 40000€. Sur l’ensemble des willayas, seules celles de Boujdour et de Smara n’ont pas d’associations « référentes » et notre démarche l’intéresse.

rencontre cooperation santé

Comme l’a expliqué Diane : « Un dispensaire est un centre de santé qui permet l’accueil des femmes enceintes, des enfants et l’application du programme PISIS : suivi et prise en charge des enfants de 0 à 5 ans« 

Mais revenons sur nos 2 rencontres avec les responsables de la daïra du 27 février… ; la première rencontre a eu lieu le 28 octobre et la seconde le lendemain. Nous devions alors formaliser notre projet de charte. Car, entre les voyages de février et d’octobre, les membres de l’association ont souhaité mettre en œuvre un partenariat entre la daïra et l’ASPS via un document -une charte- dans lequel les 2 partenaires renforceraient leurs liens ; ceci afin que notre association concentre son aide et que la daïra soit « suivie » dans le temps. Des référents des 2 protagonistes assureraient ce suivi par des liens renforcés. C’est l’objet de la première rencontre : la Cheffe, Barka BRAHIM est accompagnée de ses adjointes ; Mahmuda (politique) et Manu LEHBID (administratif).

Elles ont remercié « l’association et son président pour le soutien à la cause Sahraouie et  pour l’aide apportée à la construction de la salle polyvalente de l’école … » Elles nous parlent « des 42 ans d’attente !« 

Nous sommes là avec nos 2 interprètes, Rabub et Mounina. Rabub nous ayant accompagnés durant notre séjour dans la willaya de Boujdur, elle connaît désormais l’association et son projet. Mounina est professeur de français en secondaire …

nos interpretes

Un nouveau rendez-vous à été fixé le 29/10 à 11 heures pour développer le projet de charte. Nous retrouvons les 3 femmes responsables de la daïra : Barka BRAHIM, Mahmuda et Manu LEHBID. Elles sont entourées de membres du conseil de la daïra.

Après nous avoir conseillés de rencontrer le Ministère de la coopération, la responsable politique fait venir Monsieur ABBEH de la direction du jumelage auprès du ministère de la coopération. Afin d’éviter toute ambiguïté, il nous a fallu reprendre l’objet de notre proposition de coopération et préciser qu’il ne s’agissait pas d’un jumelage. L’une des intervenantes a déploré que trop d’associations prenaient des engagements sans les tenir…

Cette rencontre nous permet de redire notre façon de construire les projets : consultation et écoute des sahraouis puis recherche des meilleures solutions, matérielles et/ou financières. Nous rappelons le travail effectué en août par une de nos adhérentes, Diane, travail qui a permis d’être au plus prés des préoccupations de la population.

Monsieur ABBEH développe alors les 3 axes sur lesquels nous pourrions intervenir dans le temps :

  • La santé : un dispensaire

  • L’éducation : un jardin d’enfants (3 à 6 ans, jeux et matériel)

  • L’administratif : équipement et motivations diverses.

Cette liste venant en complément de la liste donnée par la directrice de l’école à Diane : « les tables et chaises sont à changer, elles sont en piteux état, beaucoup sans siège ou avec la planche de table qui tombe ou le dossier absent. Une cuisinière à gaz pour les professeur-es et autres professionnel-les, car ils viennent parfois de loin et ne peuvent pas se faire à manger ; ainsi que l’équipement de cuisine (casseroles, assiettes, couverts etc) et aussi un endroit à part pour faire bouillir le lait pour les enfants ... » Là aussi la liste est longue et grands sont les besoins !

En conclusion à cette réunion, nous devons retenir la phrase de madame Lehbib : « en tant que réfugiés, nos besoins sont illimités, MAIS, … la priorité, c’est la solidarité pour retrouver notre terre. »

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Au final, après les rencontres des responsables locaux, du ministre, des représentants du ministère de la coopération et des sahraouis porteurs de projets potentiels, nous constatons que nous respectons le protocole souhaité par les autorités.

Enfin, dans le prolongement de notre réflexion de coopération, outre les demandes repérées et exprimées (salle polyvalente, dispensaires, matériels) nous pourrions développer également des projets d’accueil des enfants en France sur plusieurs années, permettant un meilleur apprentissage de la langue française. D’autant que, comme le soulignait Diane Pernot, « le français s’enseigne dans le collège de Bujdur mais il en faudrait l’apprentissage en primaire. En effet, si les jeunes sahraouis souhaitent poursuivre leurs études en Algérie, il est indispensable qu’ils aient davantage de pratique de la langue française« 

A suivre … évidemment !

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