Claude Mangin, était à Nancy le 14 octobre, à l’invitation de l’Association de Solidarité avec le Peuple Sahraoui (ASPS Lorraine), pour y présenter le film « Dis leur que j’existe » de Manue Mosset produit par E. Graine. Ce film traite de la situation méconnue du Sahara occidental et de la mobilisation de Claude pour sensibiliser sur le sort de son mari, Naâma Asfari, et de ses 20 compagnons, dont 9 sont condamnés à la prison à vie. Tous sont détenus au Maroc depuis 2010.claude-mangin

Comme elle l’a rappelé lors du débat qui a suivi la projection, Claude Mangin rend visite à son mari en détention plusieurs fois par an. Ce 19 octobre, elle lui rendait visite à l’occasion de leurs 13 ans de mariage !

Arrivée mercredi 19 octobre à 23h30 à l’aéroport de Rabat, Claude s’est vue signifier par un agent des douanes marocaines qu’elle était interdite d’entrée sur le territoire marocain. Elle a dû passer la nuit dans un bureau de l’aéroport avant d’être forcée de prendre un avion à destination de la France, le lendemain à 8h35.

L’ Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique rappelle : « Depuis 2014, le Maroc a expulsé 146 personnes de 14 nationalités différentes du Sahara occidental, auxquelles il faut ajouter 13 autres expulsées du Maroc alors qu’elles étaient venues pour enquêter sur des questions relatives au Droits de l’Homme. Des représentants d’ONG internationales ont été expulsés  et certaines interdite de travailler au Maroc : Human Rights Watch (USA),  NOVACT (Espagne) Avocats sans frontière (Belgique), Frederich Newmann (Allemagne), Amnesty International (Londres), Fondation Carter (USA)  qui n’a pas été autorisée à observer les dernières élections. »

Le 30 août dernier, le ministère marocain de la communication avait interdit la diffusion du quotidien français Libération lors de la parution d’un article [1] portant sur Claude Mangin et Naâma Asfari.

« Le Monde » daté du 22 octobre a publié un article [3] de Camille Lavoix, elle même expulsée de Dakhla le 29 septembre 2016. (le journal « regrettant vivement » l’expulsion de sa journaliste) Le journal suisse, « Le Courrier » publie également l’article [4] de Madame Lavoix.

Plusieurs organisations ont réagi à l’annonce de cette nouvelle expulsion ; ainsi, Selon Hélène Legeay, responsable Maghreb et Moyen-Orient à l’ACAT*, « L’illégalité de l’occupation marocaine du Sahara occidental est la question sensible au Maroc. Le royaume chérifien s’emploie depuis des années à empêcher toute discussion sur le sujet à coups d’arrestations, tortures, condamnations, diffamation et expulsion d’observateurs étrangers. »

L’ACAT a récemment co-signé un rapport remis aux Nations Unies à propos des violations des droits de l’homme au Sahara Occidental [2].

Cela fait trois ans que Naâma Asfari et ses coaccusés ont été condamnés pour leur participation présumée au camp de protestation sahraoui de Gdeim Izik en novembre 2010.

Au cours de l’évacuation forcée du camp, des affrontements ont éclaté entre l’armée et des manifestants sahraouis ; il y a eu des morts dans les deux camps ; les autorités marocaines faisant état de 9 soldats tués. Naâma Asfari a été condamné à 30 ans d’emprisonnement pour meurtre alors même qu’il a été arrêté la veille du démantèlement. Torturé, battu, humilié, pendant sa garde à vue en 2010, il avait signé des aveux sous la contrainte. Avec lui, 24 autres militants sahraouis ont subi un sort similaire. C’est en 2013, devant un tribunal … militaire que neuf des accusés ont été condamnés à la perpétuité, quatre à 30 ans d’emprisonnement, sept autres à 25 ans, trois à 20 ans et les deux derniers, condamnés à deux ans, ont été libérés car ils avaient déjà effectué leur peine en détention préventive.

Ce verdict a été prononcé à l’issue de neuf jours d’un procès inéquitable marqué notamment par la prise en compte d’aveux arrachés sous la torture. Plusieurs observateurs internationaux présents aux audiences, ont dénoncé de nombreuses irrégularités parmi lesquelles le fait que les accusés ont été poursuivis devant le tribunal militaire malgré leur qualité de civil. De plus, il n’y a eu aucune autopsie des neuf victimes des forces de sécurité et leur nom n’a même pas été mentionné. Les juges se sont refusés à tenir compte des allégations de torture formulées par les accusés et de satisfaire à leur demande d’expertise médicale, en violation du droit marocain et du droit international. Aucune preuve n’a été présentée prouvant l’implication des accusés dans le meurtre des agents de sécurité. Les tortures, détention arbitraire et condamnation des détenus de Gdeim Izik ont été dénoncées par le Comité contre la torture, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et le Groupe de travail sur la détention arbitraire.

A la suite des pressions de plusieurs organisations [Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) Human Rights Watch (HRW)] qui demandaient qu’un nouveau procès ait lieu devant une juridiction civile, la cour de cassation marocaine a fini par conclure, en juillet dernier, qu’il fallait rejuger les prisonniers politiques sahraouis, devant un tribunal civil ; depuis, les observateurs pensent que le Maroc tente d’isoler le détenu politique sahraoui Naâma Asfari ; ce qui expliquerait l’expulsion de son épouse…

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